00:00Je suis un très très gros tracueur moi. J'ai très très très peur, j'ai aucune envie de me
00:05présenter, j'ai pas envie de rentrer sur le terrain, j'ai pas envie d'entrer dans l'arène.
00:08Je sais que là je vais commencer un film dans à peu près 20 jours, là je me dis bon
00:15ça va c'est dans 20 jours.
00:17Puis après à un moment il va arriver, il va me dire tiens c'est la semaine prochaine, puis après
00:21c'est demain, et puis après c'est non mais la grosse scène je vais la faire cet après-midi,
00:26et puis après c'est non mais vers 15 heures, puis après il est 14 heures c'est dans une
00:30heure, puis après il est 15 heures et c'est maintenant.
00:32Moi je suis un gros tracueur, si je pouvais ne pas y aller et envoyer mon hologramme, je reste à
00:38la maison.
00:40J'ai le cœur qui fait comme ça, j'ai peur de mal faire, j'ai pas peur du jugement
00:45du tout et j'ai pas peur des critiques.
00:47J'ai juste peur moi de ne pas être content moi-même de ce que j'ai fait moi.
00:52Mon seul baromètre c'est de me coucher le soir et d'être heureux ou fier ou rien à se
01:00reprocher de ce que j'ai fait.
01:02Après si le reste, c'est-à-dire les gens, les spectateurs, les spectatrices aiment ce que j'ai fait,
01:08c'est la cerise sur le gâteau.
01:09Mais je préfère faire un film que j'ai rêvé de faire, que je trouve bien, j'ai adoré le
01:16scénario, c'est un scénario très bien écrit,
01:18si le film, le rendu est formidable et que le film ne marche pas, je me couche le soir, je
01:24me dis c'est pas grave,
01:25entre guillemets, tant pis, je les emmerde moi, moi, moi, ou moi si c'était à refaire, je le referais,
01:32que de faire un film qui est un succès intersidéral, mais au fin fond de moi quand je me couche,
01:39je puisse me dire si on ne me l'avait pas soufflé au cul, je ne l'aurais pas su.
01:43Moi je ne voulais pas le faire et on m'a dit mais si Vincent, vas-y, vas-y, et
01:46finalement ce n'est pas moi qui y ai été,
01:48c'est l'influence que j'ai reçue qui fait que ça m'a poussé là, et je suis moins
01:52fier de moi.
01:54Je ne vous parle pas de quand on vous a poussé, qu'en plus ça ne marche pas, alors là
01:56bon, on fait des cauchemars.
01:58Mais est-ce que du coup, je me souviens ce que vous avez dit tout à l'heure, est-ce
02:00que vous êtes du genre à vous ressasser
02:02quand vous rentrez dans votre chambre d'hôtel le soir, tout ce que vous aurez dû faire dans la scène
02:05?
02:06Non, alors là je suis très content de vous poser la question parce que j'ai mis du temps à
02:12en arriver là,
02:13mais j'essaie de passer le maximum de temps à essayer de changer ce qui est changeable,
02:19j'essaie de passer le moins de temps possible à essayer de changer ce qui n'est pas changeable,
02:24et pourvu que je dissière toute ma vie ce qui est changeable de ce qui ne l'est pas.
02:28Donc une journée de tournage, une fois qu'elle est faite, elle est inchangeable.
02:31C'est comme au tennis, je ne suis pas un joueur qui quand il a mis une balle dans le
02:35filet
02:36ou une balle dehors, quand il a fait une double faute, va y penser les trois points qui suivent.
02:40Elle est faite.
02:41S'il y avait éventuellement une occasion de la rattraper, oui j'y penserais, c'est fait, c'est foutu.
02:45C'est marqué, sur le tableau il y a marqué 40-15 pour lui.
02:47Voilà, c'est fini, j'ai dans le cul.
02:49Alors maintenant je vais essayer de monter à 40-30, 40-A et gagner le jeu.